CIRCUS MUNDI A GENEVE

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Les 16, 17 et 18 janvier 1998, CIRCUS MUNDI était en représentation à Genève dans la galerie Mire. La ménagerie comprenait trois canaris, une chèvre, une oie, un hamster russe et un poisson rouge.

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Circus Mundi c/o MIRE

Le temps d’un tour de piste, La BF15 de Lyon et la Nouvelle Galerie de Grenoble redeviennent les partenaires de Mire puisque toutes trois reçoivent Circus Mundi en tournée dans la région Rhône-Alpes. Sans ambition de concurrencer les professionnels du chapiteau, son concepteur, Thierry Heynen risque un portrait de l’artiste en saltimbanque. L’idée n’est pas neuve. Ce qui l’est plus, c’est d’accepter des conditions d’exposition proches de celles que vivent quotidiennement les forains. Légèreté, encombrement réduit, rythme soutenu d’une programmation serrée, adaptation rapide à des structures d’accueil chaque fois différentes sont quelques unes des contraintes que l’artiste a choisi de s’imposer.

Pourtant c’est du côté de l’art moderne et contemporain que les références foisonnent. Ces escabeaux constructivistes hésitent entre l’architectone de Malévitch et un monument (reverticalisé) à la 3ème Internationale version « Animal’s farm ». Les rayures des éléments rendent un hommage enjoué au talent décoratif de Buren. La brebis confortablement installée sur sa litière de paille, la colombe qui volette et le lapin au mâchouillement dubitatif donnent de l’animalité une version bon enfant, très éloignée de l’étrange voisinage qu’avait tenté Joseph Beuys avec un coyote. Il est vrai que Thierry Heynen ne se pose ni en chaman ni même en dompteur et que Circus Mundi, semblable en cela à « Cirque » de Seurat, est figé — mais pour d’autres raisons qui n’ont rien à voir avec les codes de la représentation. Au rayon des citations, on n’oubliera pas l’inévitable filiation à Duchamp : l’infrastructure de Circus Mundi, animaux non compris puisqu’ils doivent être fournis par les institutions invitantes, tient dans une valise ou presque, le coffre d’une voiture.

Au final, ce sont les vertus du décalage qui sont systématiquement exploitées. Décalage de l’objet : Circus Mundi est une ébauche de cirque, sa version anémiée. Décalage du lieu : la galerie utilisée à contre-emploi. Décalage du genre : l’animalité ébahie hésite à s’ébrouer dans la cage immaculée du cube blanc. Décalage de la référence : que penser de cette liste dont l’ordre alphabétique donne Bouglione avec Buren et Heynen avec Knie ? Ni véritable représentation foraine ni réelle exposition, la prestation de Circus Mundi installe le malaise d’une indéfinition. Le « petit cirque » faisait de la misère de ses moyens le ressort même de sa poétique et révélait la verve parodique du génial marionnettiste Calder. A l’inverse, le coefficient de réalité résultant d’une présence animale vaguement indifférente, quelque peu effarée, empêche le processus de sublimation qui soutient toute représentation. En pliant bagage, Circus Mundi laisse un vide de sens décidément plus difficile à assumer lorsqu’on est humain que lorsqu’on est une poule.

Hervé Laurent
responsable de Mire

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